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« En France, il n’y a pas de fichier qui recense les cas de disparition » .

Publié par Walda Colette Dubuisson le 17-01-2018 (701 lectures) Articles du même auteur
17/01/2018 : Tueurs en série. Le procureur de l’affaire Maëlys réclame un fichier national des victimes .
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24/12/2017 : Corinne Herrmann, l’avocate qui défend la famille Mouzin, est également criminologue. Elle travaille notamment sur des affaires non élucidées.


C’est un classique de tout travail d’enquête mais qui suscite bien des fantasmes. Le procureur de la République de Chambéry (Savoie) a annoncé, jeudi 21 décembre, que les enquêteurs allaient examiner « toutes les disparitions inquiétantes dans la région » susceptibles d’être imputables à Nordahl Lelandais. L’ancien militaire de 34 ans vient d’être mis en examen pour l’assassinat du militaire disparu au printemps en Savoie, après une première mise en examen dans une autre affaire, celle de la disparition de la petite Maëlys.

L’avocate Corinne Herrmann défend la famille Mouzin, qui a adressé une demande de vérification au juge chargé de la disparition de leur fille Estelle, en 2003, quand elle avait 9 ans. A l’époque, Nordahl Lelandais était âgé de 19 ans et se trouvait au camp militaire de Suippes (Marne), à environ 150 kilomètres du lieu de la disparition. La criminologue, spécialiste des affaires non élucidées, dit « faire ce genre de demande tous les quinze jours ».

Plusieurs avocats demandent des investigations complémentaires concernant Nordahl Lelandais, quand ce ne sont pas les juges eux-mêmes qui décident de se pencher sur des disparitions susceptibles d’être imputable au suspect. Est-ce une procédure classique ? Comment se justifie-t-elle ?

Corinne Herrmann : Pour les avocats spécialisés dans les affaires de disparitions non résolues, il s’agit d’une procédure classique de demander des vérifications dans des dossiers qui pourraient être liés à l’une des affaires que l’on suit. C’est le b.a-ba. de toute enquête portant sur une disparition. Généralement, les enquêteurs et les magistrats étendent les recherches spontanément, mais pour un avocat, ce serait une faute de ne pas en faire la demande.

C’est une technique de travail, qui ne veut pas dire que l’on cherche à intimider ou à accabler un suspect, ni même à préjuger de sa culpabilité. Il s’agit juste de faire des vérifications afin d’écarter ou de confirmer une piste.

Dans ce genre de dossier, comme celui d’Estelle Mouzin, qui a presque quinze ans, il y a urgence à relancer l’enquête avant de perdre tous les indices. Les familles sont rassurées de voir que le dossier reste actif, que l’on avance, dans un sens.

Avec mon confrère Didier Seban, cela fait vingt-deux ans que nous travaillons sur des disparitions. Très vite, nous voyons les similitudes entre les affaires, avant même qu’un suspect soit désigné, les faits nous parlent. On ne tue pas un enfant de trente-six façons différentes. Dans l’affaire Estelle Mouzin, j’ai dû réclamer des vérifications une dizaine de fois. Si on regarde tous les dossiers que je traite, je fais une demande tous les quinze jours. Habituellement cela ne se sait pas, mais là, l’affaire Maëlys est médiatisée.

Dans le cas de Nordahl Lelandais, vous avez fait une demande dès le 7 septembre, juste après la disparition de Maëlys, qu’est-ce qui vous a incitée à la faire ?

Avec Didier Seban, nous avons côtoyé de nombreux tueurs en série, notamment lors de long procès d’assises. L’affaire Maëlys nous a tout de suite intéressés, dans le sens où elle sortait du commun. Nous avons fait la demande il y a trois mois, mais nous n’avons pas communiqué dessus car l’auteur des faits ne doit pas savoir que l’on envisage cela. S’il a la liste des gens qui le soupçonnent, il peut préparer ses réponses. Je peux seulement vous dire que je vais faire d’autres demandes concernant d’autres affaires à rapprocher de celles visant Nordahl Lelandais.

Evidemment, je respecte la présomption d’innocence, mais je souligne simplement qu’il y a des similitudes entre son profil et ceux que j’ai pu croiser dans ma carrière. Une série d’indicateurs, notamment concernant le cadre de l’enlèvement — mais que je ne développerai pas — qui font que cela n’est pas une affaire banale.



Je peux seulement dire qu’il a un profil intrigant, qui me fait penser à Pierre Chanal [un adjudant-chef qui s’était tué juste avant son procès, en 2003, pour la disparition de sept militaires qui faisaient de l’auto-stop]. Nordahl Lelandais est un ancien militaire, c’est un taiseux.

Cette attitude nous a alertés : celle d’une personnalité qui résiste, en trouvant réponse à tout, sans complexe, et surtout sans la moindre émotion. Pour tous les criminels croisés, chacun à son histoire, chacun à sa façon de faire, mais aucun n’y met d’affects. Jamais ils ne s’offusquent qu’on les suspecte. Il y a quelque chose de la joute avec les enquêteurs. Les personnes innocentes, à l’inverse, sont accablées car ce qu’on leur met sur le dos est insoutenable.

Quel est l’état d’esprit des familles lorsque des affaires potentiellement liées à la leur surgissent ?

Elles ont d’abord le sentiment qu’on leur a enlevé leur enfant une nouvelle fois. Elles revivent le traumatisme de la disparition. Surtout, cela provoque un abattement de se dire que l’homme qui s’en est pris à leur enfant a peut-être fait d’autres victimes. Lorsqu’on fait une demande de vérification, c’est à la fois une attente, mais aussi une résignation pour les familles. Pour elles, plus le temps passe, plus c’est difficile d’avoir des réponses, et plus la souffrance devient chronique.

Quelles sont les particularités et les difficultés dans ces affaires non élucidées ? Comment expliquer que certaines affaires stagnent ?

Les enquêteurs ne savent pas traiter ces affaires, il n’y a pas de juges spécialisés, qui savent comment enquêter. Pis, les juges changent tous les deux ou trois ans, mais dans le cas des affaires non résolues, il faut une continuité. Un dossier comme celui d’Estelle Mouzin, il faut des mois pour le lire, les juges ne le font pas, donc ils ne peuvent pas relancer l’enquête.

Aujourd’hui, ces dossiers ne sont pas traités, on n’y croit pas ; il faut faire du chiffre, les forces s’épuisent, alors on passe à un autre. Ou alors, comme les enquêteurs se trouvent en situation d’échec face à ces dossiers gigantesques, au bout d’un moment, ils n’assument plus cela, alors ils le referment.

En France, nous n’avons pas d’outils, il n’y a pas de fichier qui recense les cas de disparition. Donc c’est compliqué de faire des liens. Mais je veux rester optimiste, il ne faut jamais abandonner. Quand tout le monde s’y met, policiers, procureurs, juges, on peut le faire. Je pense qu’on trouvera Maëlys, je l’espère pour les parents, mais j’espère pour Estelle et les autres. Je ne ferai pas ce métier si je n’avais pas cet espoir.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/societe/article ... .html#LLbzQtuZ6DWyruGu.99

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17/01/208 : Tueurs en série. Le procureur de l’affaire Maëlys réclame un fichier national des victimes


Ouest-France avec AFP

En charge de l’affaire Maëlys, Jean-Yves Coquillat souhaite la mise en place d’un fichier national des personnes disparues ou mortes de façon violentes, afin de lutter contre les tueurs en série.

Le procureur de la République à Grenoble Jean-Yves Coquillat, en charge de l’affaire Maëlys, a proposé ce mercredi de mieux armer la justice face au phénomène des tueurs en série, avec notamment la création de fichiers permettant de recenser de potentielles victimes.

Le magistrat grenoblois est chargé du dossier de la disparition de Maëlys en août, pour laquelle Nordahl Lelandais est poursuivi et détenu pour « meurtre ».

Ce suspect est aussi mis en examen, à Chambéry cette fois, pour « assassinat » dans l’affaire du caporal Arthur Noyer, disparu en avril et dont des ossements ont été retrouvés en Savoie.
La justice « inadaptée » au phénomène des tueurs en série

Lors de l’audience solennelle de rentrée du tribunal de grande instance de Grenoble, M. Coquillat a souligné « la difficulté d’identifier un serial killer ».

Le magistrat avait déjà eu à instruire en 1988 le cas d’une des victimes (violée mais vivante) du tueur en série Pierre Chanal.

Pour M. Coquillat, les enquêtes sur un serial killers sont rendues complexes par « la difficulté d’identifier ou même de découvrir les victimes » quand les corps ont disparu, « la durée très longue de l’activité criminelle qui souvent ne s’arrête qu’avec l’arrestation ou la mort » du tueur, et enfin « l’adaptation insuffisante de l’institution judiciaire face à ce phénomène ».
La création d’un fichier des « personnes disparues »

Pour mieux détecter un tueur en série, « il faut d’abord identifier ses victimes » : M. Coquillat plaide donc pour la création « d’urgence de deux fichiers qui n’existent pas », dont la gestion serait confiée au ministère de la Justice et non à celui de l’Intérieur.

D’abord, pour les tueurs en série qui font disparaître les corps, un « fichier des personnes disparues », qu’elles le soient de manière inquiétante ou non, car disparaître en France est un droit de toute personne majeure.

Pour ceux qui ne prennent pas cette peine vis-à-vis de la dépouille de leur victime, un « fichier des personnes décédées de mort violente » pourrait permettre de « faire des rapprochements pour découvrir des phénomènes de sérialité », sur la base de critères de géographie, du modus operandi.
Un allongement de la détention provisoire

Après la détection, le traitement du dossier peut être « amélioré », selon M. Coquillat, par plusieurs mesures. « L’allongement de la détention provisoire » en est une : il répondrait à la complexité de ces affaires, surtout quand la personne est suspectée dans des dossiers distincts.

Sur ce dernier point, il faudrait « prévoir des mécanismes pour le regroupement des procédures même en cas de désaccord des juges d’instruction ou des parquets », sur des « critères objectifs » à définir (nombre de victimes ? solidité des preuves ?).

À défaut, « il faut que des juges de différents ressorts puissent travailler ensemble » et une « co-saisine de juges de tribunaux différents pourrait être inventée ».
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