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Où séjournent les enfants placés quand les services d’accueil sont saturés ?

Publié par Walda Colette Dubuisson le 10-03-2018 (705 lectures) Articles du même auteur
10/03/2018 : Qui connaît, entend, écoute le sort des enfants placés ? Institutions opaques, familles d'accueil parfois avides et maltraitantes, parcours choquants et chaotiques...
Devant les dérives du monde de la protection de l'enfance, deux sénatrices ont déposé une proposition de loi pour que ces mineurs soient mieux protégés et puissent connaître une stabilité affective. Celle dont tout enfant a besoin pour se construire.
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21/09/2015 : Témoignage poignant d'une maman d'accueil: "Ce terme est horrible mais, pour moi, on case ces enfants à l’hôpital"

C’est un problème peu connu. Et pourtant bien réel. Lors-qu’aucune solution n’est trouvée pour l’accueillir, un enfant retiré de son cadre familial est placé dans un hôpital. Un endroit inapproprié pour son développement. Stéphanie, qui a accueilli récemment un petit garçon, déplore cette situation causée par le manque de places en famille d’accueil et l’engorgement des centres d’hébergement. Conscient de cette réalité, le ministre compétent a pris différentes mesures et souhaite obtenir des moyens plus importants pour soutenir le secteur, cruellement sous-financé.


http://www.sos-enfants.org/modules/news/article.php?storyid=992

"C’était un petit cœur. J’ai beaucoup pleuré quand il est parti, surtout quand je l’imaginais dans son petit lit d’hôpital", se souvient avec émotion Stéphanie, qui nous a contactés via notre page Alertez-nous. Cette mère de famille qui habite Le Roeulx, dans la province du Hainaut, a récemment vécu une expérience marquante.

Au mois de juin dernier, elle a accueilli un petit garçon de trois ans, placé pour difficulté parentale. "C’est la première fois que mon mari et moi avons été parents d’accueil d’urgence. Comme je suis directrice d’une crèche communale, j’ai été moi-même confrontée au cas difficile d’une petite fille qui devait peut-être être placée. Je me suis demandée où elle allait aller. Du coup, j’ai décidé moi-même d’aider des enfants en difficulté", explique Stéphanie, âgée de 34 ans et maman de trois garçons.


Environ 40.000 jeunes pris en charge par an

En moyenne, environ 40.000 jeunes par an sont pris en charge par le Service de l’Aide à la Jeunesse (SAJ) au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La grande majorité d’entre eux sont confrontés à une situation de difficulté ou de danger (précarité, négligences graves ou maltraitance). Ils sont alors hébergés hors du milieu familial. Un parent hospitalisé peut par exemple se trouver temporairement dans l’incapacité d’assumer son fils ou sa fille. Le placement familial chez un proche (un oncle, les grands-parents, etc.) est toujours privilégié. Mais si cette solution s’avère impossible, l’enfant sera alors placé soit dans une institution, soit dans une famille d’accueil. "Parfois, un enfant ne semble pas capable de renouer des liens avec des non-professionnels. Dans ce cas-là, il est placé dans un centre spécialisé. Un passage nécessaire pour imaginer un accueil dans une famille ou un retour éventuel chez les parents", indique Xavier Verstappen, président de la fédération des services de placement familial. En fonction de la situation personnelle, le SAJ décide également de l’orienter vers l'un des différents types de prise en charge (accueil d'urgence, de courte durée, à moyen et long terme). Le mandat peut être donné soit par le conseiller ou le directeur de la jeunesse, soit par le tribunal de la jeunesse.


Un accueil d’urgence de 45 jours maximum

Chaque famille candidate à l’accueil peut choisir le type de placement familial et définir des critères de sexe et de tranche d’âge. Stéphanie a opté pour l’accueil d’urgence."Quand on veut devenir famille d’accueil, il faut poser sa candidature. Le service de placement mène une enquête psycho-sociale et fournit des informations essentielles avant d’attribuer un enfant, si le profil convient. Nous, on a choisi l’urgence pour une question d’organisation car on a déjà trois garçons. Et puis, on peut surtout accueillir et dépanner plus d’enfants", explique la trentenaire. Cet accueil temporaire dure maximum 45 jours. Comme l'indique Christian Pringels, directeur de l’Accueil Familial d’Urgence,"ce temps est mis à profit pour tenter de dégager une solution à une situation de crise, en privilégiant un retour possible dans la famille". Le service de placement joue un rôle essentiel de relais entre le jeune et les différents acteurs."On tente de maintenir un lien entre les parents et l’enfant dans les limites du possible. Des rencontres libres ou surveillées sont ainsi organisées. Certaines situations ne sont pas simples, comme des visites en prison. On sert toujours d’interface. On va chercher l’enfant pour le déposer dans une famille d’accueil et c’est nous qui venons le reprendre pour une visite parentale", précise le directeur.


"Ce terme est horrible mais, pour moi, on les case à l’hôpital"

Pour la famille de Stéphanie, tout s’est globalement bien passé avec le nouveau venu dans la maison."C’était un enfant perturbé et donc turbulent parce qu’il n’a pas de limites et pas d’éducation. Mais ça on le sait à l’avance. Mes enfants ont bien réagi. Pour eux, c’était comme une fratrie qui s’agrandit." Par contre, c’est le départ prévu du garçonnet six semaines plus tard qui s’est avéré particulièrement difficile, en raison de l’absence de perspective. "Avant d’être logé chez nous, il avait déjà passé une semaine à l’hôpital. Il est arrivé avec quelques t-shirts et shorts dans un sac poubelle, c’est tout, se souvient la directrice de crèche. Au bout de 45 jours, aucune solution n’a été trouvée pour lui. L’idéal, c’est la remise dans le milieu familial. Mais dans son cas, ce n’était pas possible. Et aucune structure n’était disponible pour accueillir ce petit bout. Pas d’autre famille et aucune place dans un centre d’accueil. Il est donc retourné à hôpital avec une valise remplie de vêtements et de jouets", ajoute-t-elle. Lorsque les institutions sont saturées et aucune famille d’accueil disponible, le SAJ envoie en effet le jeune en milieu hospitalier. "Il a bien réagi parce qu’il a malheureusement l’habitude d’être balloté d’un endroit à l’autre. Mais j’étais tellement triste. Je suis aussi infirmière urgentiste et ce n’est pas rare de voir des enfants placés dans le service pédiatrie. Ce terme est horrible mais, pour moi, on les case à l’hôpital. On les dépose comme des paquets", s’insurge Stéphanie.

Une réalité que confirme le docteur Thierry Schurmans, chef du service pédiatrie-néonatologie au CHU Charleroi. Au mois d’août, sept enfants placés étaient hébergés sur les deux sites de l’hôpital. "Malheureusement, c’est une vérité que nous déplorons. C’est scandaleux en dehors d’une période d’urgence de quelques semaines", déplore le pédiatre. Selon lui, leur présence dans un hôpital est justifiée, s’ils ont besoin de soins médicaux. Mais dans la majorité des cas, une hospitalisation n’est pas une nécessité pour eux. "Un hôpital n’est pas un endroit approprié. Ces enfants devraient plutôt se trouver dans des institutions où ils bénéficient d’un encadrement adéquat avec des éducateurs et des psychologues. Mais ces structures sont engorgées et sous-financées, aussi bien en Wallonie qu’à Bruxelles. Certaines vivent de la mendicité", regrette Thierry Schurmans, qui ne mâche pas ses mots.


"Cela peut mener à la maladie de l’hospitalisme"

Le médecin épingle également les répercussions possibles sur leur comportement."Pour moi, cela s’apparente à de la maltraitance sociétale qui peut mener à la maladie de l’hospitalisme. Il s’agit de troubles du comportement induits par un séjour prolongé et inadapté à l’hôpital. Ces enfants sont emprisonnés. Certains grimpent au mur, d’autres s’éteignent et sont sujets à la dépression par manque d’affection continue. J’ai aussi connu un garçon de 3-4 ans qui mangeait ses excréments", indique Thierry Schurmans. Au sein de l’hôpital, le personnel médical tente pourtant de créer pour eux une vie sociale la moins anormale possible. Dans certains établissements, il existe par exemple des salles de sport et/ou un espace vert qui leur permettent de se défouler."La journée, ils vont à l’école ou on les dépose à la crèche qui se trouve à 100 mètres de l’hôpital. Nous devons donc tous faire preuve de beaucoup de bonne volonté sans être véritablement récompensé. Et c’est surtout épuisant. Etant donné leur énergie débordante, ils courent partout. Les infirmières sont épuisées, souligne le chef de service. Et cela peut également être dangereux s’ils enlèvent le baxter d’autres enfants malades ou s’ils cassent des choses dans les salles d’opération. L’hôpital est responsable mais ne perçoit aucun financement adéquat. Je vais demander d’améliorer notre structure d’accueil pour eux, mais cela ne devrait tout simplement pas exister."

Le CHU de Charleroi n’est évidemment pas le seul centre hospitalier confronté à cette situation. D’après Thierry Schurmans, les autres hôpitaux de la région se plaignent des mêmes difficultés."A Bruxelles aussi. J’ai visité cet été le centre d’accueil pour enfants placés à l’hôpital Saint-Pierre, où il y avait 12 enfants. Même s’ils ont pu engager deux éducateurs pour les encadrer, ils épinglent des problèmes similaires", assure-t-il.


Un gaspillage de l’argent public

Au-delà de cet accueil dans des conditions loin d’être optimales, le chef de service évoque également un gaspillage des deniers publics. "Une hospitalisation coûte 400 euros par jour par enfant. (Ndlr: une somme à charge de l’Inami). Or, on devrait plutôt utiliser cet argent pour les structures d’accueil adaptées. Mais, le problème c’est que ce sont des budgets différents, dénonce Thierry Schurmans. Et certains enfants restent pendant des périodes longues. Il y en a un qui a séjourné un an chez nous. Il n’avait pas de mutuelle. On a donc envoyé une note de 130.000 euros au SAJ qui a dû payer." Après avoir entrepris des démarches auprès des juges du tribunal de la jeunesse, le pédiatre compte à présent sensibiliser le monde politique pour faire bouger les choses.

Alors, quelle est justement la réaction du ministre de l’Aide à la jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles face à cette problématique ? Rachid Madrane se dit conscient de cette réalité, qu’il qualifie toutefois de marginale. "Il est vrai que pour de jeunes enfants qui sont en danger grave et immédiat dans un milieu très inadéquat, l’hôpital peut parfois, faute de place disponible, être une ressource pour protéger un enfant. Mais cette réponse hospitalière ne peut être bien entendu durable ni systématique. L’hôpital est, en effet, un lieu de soins et non un lieu d’accueil", souligne le ministre, qui se dit toutefois surpris par la présence d’un enfant pendant une année à l’hôpital."Je n’ai jamais eu connaissance de cas si long. En général, c’est pour une durée temporaire de deux, trois semaines", indique-t-il. Par contre, le ministre déplore également les factures élevées d’un séjour à l’hôpital.


"Nous ne pouvons pas faire du shopping"

Le président de la fédération des services de placement familial Xavier Verstappen tient, lui, à souligner l’importance de la réflexion pour trouver les profils qui correspondent au mieux."Un placement en attente à l’hôpital n’est pas une bonne solution. Mais parfois, c’est une meilleure solution que d’héberger l’enfant dans une famille d’accueil pas préparée ou inadaptée parce que cela peut engendrer des dégâts tant pour les familles que pour les enfants. Ce n’est pas un projet à prendre à la légère. Cela implique beaucoup de vies humaines. Nous ne pouvons pas faire du shopping, surtout pour des placements sur le long terme", souligne le président de la fédération des services de placement familial.

Si les avis sont nuancés, tous ces acteurs de l’aide à la jeunesse se rejoignent sur la solution pour éviter un séjour inadapté et coûteux à l’hôpital: augmenter le nombre de places disponibles et les moyens alloués au secteur de l’aide à la jeunesse."Il y a de plus en plus de familles d’accueil qui nous contactent. Mais ce n’est pas suffisant", regrette Christian Pringels, directeur de l’Accueil Familial d’Urgence.


L’accueil familial, la "priorité" du ministre Madrane

Afin de remédier à la pénurie de places, Rachid Madrane a pris différentes mesures. Depuis sa prise de fonction, le ministre affirme que l’accueil familial est l’une de ses priorités."Lorsque nous devons retirer momentanément un enfant de son milieu familial, la mesure la plus douce, ou en tout cas la moins traumatisante, est le placement en famille d’accueil, quelle que soit la qualité du travail de nos services d’accueil ou d’aide éducative", souligne le socialiste."C’est la solution la moins chère pour la société et la plus humaine, si elle est bien réalisée", confirme Xavier Verstappen, président de la fédération des services de placement familial.

Pour attirer un plus grand nombre de familles prêtes à se lancer dans cette expérience humaine et valoriser leur rôle, le ministre a lancé différents chantiers. D’une part, il a voulu leur simplifier la vie au travers d’une simplification administrative. Parmi les aménagements qui vont entrer petit à petit en vigueur dans le courant de cette année, il y a la réduction du délai de sélection des familles, l’harmonisation du processus de sélection, la signature d’un seul document valable un an pour toute démarche qui demande l’autorisation des parents biologiques ainsi qu’une simplification pour le payement des frais et des indemnités.

D’autre part, une grande campagne de sensibilisation et de recrutement sera organisée au mois d’octobre prochain. L’objectif est évidemment de disposer d’un nombre plus important de familles sélectionnées au profil diversifié."Je veux arriver à augmenter de façon sensible le nombre de familles d’accueil potentielles afin de limiter les placements en institutions. Il faudrait arriver à recruter 50 à 80 familles supplémentaires par an", indique le ministre de l’Aide à la jeunesse.


"Le secteur est chroniquement sous-financé depuis des décennies"

Par ailleurs, à la demande de Rachid Madrane, 85 places supplémentaires ont été créées dans les structures d’accueil depuis le mois de juillet dernier. "Et on va continuer. Mais pour cela, il faut augmenter les moyens. Ce secteur est chroniquement sous-financé depuis des décennies. Or, les besoins sont de plus en plus nombreux. Les situations de certains enfants sont terribles et nous devons les protéger", souligne le ministre. Lors des prochaines discussions budgétaires, il va donc demander d’augmenter (entre 10 et 20%) le budget annuel (276 millions d’euros) octroyé au secteur qui devrait, selon lui, être considéré comme "une priorité".

Cet argent supplémentaire pourrait notamment servir à engager plus de personnel."Notre service s’occupe de 600 enfants. Malheureusement, en raison de notre budget fermé, c’est très difficile de répondre à tous les besoins. Tout le monde ici fait des heures supplémentaires. Mais on ne peut pas faire cela à l’infini", dénonce Xavier Verstappen, président de la fédération des services de placement familial.


Un projet privé pour construire une nouvelle maison d’accueil

Face à cette situation, certains particuliers ont même entamé des initiatives privées pour améliorer le cadre de vie de ces enfants. C’est le cas de la "Fondation Papillon", dans la région de Charleroi. Une équipe de bénévoles enthousiastes a décidé de se mobiliser pour offrir un toit et un espace de vie à une quarantaine d’enfants et adolescents, actuellement hébergés dans des bâtiments vétustes de la Cité de l’Enfance (une institution subventionnée qui comprend plusieurs structures d’accueil). Il s’agit du "Projet Cocon" dont l’objectif est de construire une nouvelle maison pour les accueillir à Montigny-le-Tilleul. "Nous avons voulu aider la Cité de l’Enfance qui n’a pas beaucoup de moyens en réalisant ce projet. Au total, nous avons besoin de deux millions d’euros. Pour récolter des fonds, nous organisons donc des événements sportifs ou culturels. Et nous recevons aussi des dons", explique Denis Fontaine, le président de la fondation. "Nous avons déjà acquis un terrain et obtenu un permis de construire. Et aujourd’hui, nous continuons à nous mobiliser car il manque encore de l’argent. Mais nous espérons pouvoir débuter la construction du bâtiment avant la fin de cette année", indique le président de la fondation.


Le rôle "essentiel" des familles d’accueil

De son côté, Stéphanie révèle son rêve de pouvoir un jour ouvrir ce genre d’établissement pour combler la demande. "Mais pour assurer les salaires et le fonctionnement, il faut un financement. Et c’est très difficile d’obtenir des fonds publics ou privés", regrette-t-elle. Cette mère de famille envisage donc plutôt d’accueillir chez elle un autre enfant en difficulté. Même si sa première expérience n’a pas forcément été facile, Stéphanie est consciente que son engagement est important. "La prise en charge de ces enfants est essentielle parce qu’ils vont devenir des adultes et il faut leur assurer aussi un bel avenir", estime-t-elle.

Julie Duynstee
http://www.rtl.be/info/vous/temoignag ... gne-stephanie-754235.aspx
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Posté Commentaire en débat
Walda Colette Dubuisson
Posté le: 10/03/2018 13:33  Mis à jour: 10/03/2018 13:33
Administrateur
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De:
Commentaires: 3980
 L'insupportable réalité des enfants placés
L'insupportable réalité des enfants placés
Par Catherine Durand: http://www.marieclaire.fr/,l-insupportable-realite-des-enfants-places,732606.asp

Qui connaît, entend, écoute le sort des enfants placés ? Institutions opaques, familles d'accueil parfois avides et maltraitantes, parcours choquants et chaotiques... Devant les dérives du monde de la protection de l'enfance, deux sénatrices ont déposé une proposition de loi pour que ces mineurs soient mieux protégés et puissent connaître une stabilité affective. Celle dont tout enfant a besoin pour se construire.



Le témoignage de Lyes, ancien enfant placé

Une vieille âme dans un corps d'ado. C'est l'impression que donne Lyes Louffok, ancien de l'Aide sociale à l'enfance (Ase), revenu de "l'enfer des foyers". Un cas de résilience inouïe et une histoire qui cumule tous les dysfonctionnements de la protection de l'enfance.

Quand Lyes naît, il y a vingt ans, sa mère, malade psychiatrique, est sous tutelle. "A la maternité, elle a piqué une crise. Placé en pouponnière, j'aurais dû être adopté, mais cette personne qui est ma mère biologique a gardé l'autorité parentale jusqu'à mes 18 ans." A 18 mois, Lyes est confié à Emilie, assistante familiale : "Elle devient ma mère, au sens large." Mais lorsqu'Emilie déménage, l'Ase des Yvelines refuse qu'elle l'emmène. "Pour maintenir un lien inexistant avec ma mère biologique, ils ont même refusé qu'Emilie m'adopte."

Lyes a 5 ans lorsqu'on lui annonce qu'il part "en vacances". "J'ai tout oublié, sauf le visage de la dame blonde qui me fait peur. Chez elle, je ne suis pas scolarisé, je mange seul, je dors dans un réduit sur un morceau de polystyrène..." Deux ans de maltraitance, avant que son assistante sociale reprenne son dossier, après un arrêt maladie. Ballotté de familles d'accueil en foyers où règne la violence, Lyes sera un ado perdu, "un sauvage". Jusqu'à ce qu'il croise, à 15 ans, Yasmine, autre assistante familiale : "Elle m'a écouté, elle a tout compris... et je suis resté. J'ai accepté cette main tendue."

Combien de petits Lyes sont aujourd'hui oubliés ou en souffrance dans ce monde opaque de la protection de l'enfance ? Un monde qui n'a rien d'une PME, avec plus de 200 000 professionnels qui, en 2013, prenaient en charge 306 700 mineurs : 153 700 chez leurs parents, suivis par un éducateur ; et 153 000 autres, placés dans des familles d'accueil, mais aussi des foyers et des lieux de vie, la plupart gérés par des associations privées – financées par les conseils généraux depuis la loi du 6 janvier 1986.
La loterie du placement

L'avenir de ces enfants en détresse, devoir que l'Etat a préféré confier aux départements, coûte près de 8 milliards d'euros par an aux contribuables, sans véritable obligation de résultats. "On ne réalise pas les responsabilités que cela implique, explique Michelle Meunier, sénatrice (PS) et ancienne vice-présidente du conseil général de Loire-Atlantique, où 5 000 enfants sont sous protection, dont 50 % en placement. Je votais un budget annuel de 133 millions d'euros dans l'indifférence générale. On parlait des personnes âgées, des handicapés, mais jamais du sort de ces enfants." Avec Muguette Dini, ancienne sénatrice (UDIUC) du Rhône, Michelle Meunier a déposé une proposition de loi, en discussion à la Haute Assemblée fin janvier, afin "d'améliorer la gouvernance nationale et locale de la protection de l'enfant, sécuriser le parcours de l'enfant protégé et adapter le statut de l'enfant placé sur le long terme".

En clair, il faut lutter contre les disparités d'accueil et de suivi – cent un départements, c'est cent une "protections de l'enfance" : une loterie injuste pour ces petits au destin bousculé. Eviter "la maltraitance institutionnelle" subie par ces enfants, à qui on inflige trop souvent un parcours chaotique, et remettre en question le dogme du maintien du lien familial biologique à tout prix, qui prive beaucoup d'entre eux d'une deuxième chance.

Une prise de conscience politique mue, certes, par l'argument économique – un enfant placé, ça coûte cher : 50 000 €/an –, mais aussi par le sentiment d'un terrible gâchis. Bien sûr, "l'Ase produit aussi du bonheur. Ici, beaucoup de nos jeunes réussissent", se réjouit Francis Lacoste, directeur de la solidarité au conseil général des Landes, connu pour ses bonnes pratiques. Et une enquête auprès d'anciens de l'Ase révèle que 54 % d'entre eux en disent du bien... mais les autres ? Qui les écoute et les entend ? On se doute que le monde de la protection de l'enfance n'est pas celui des Bisounours, mais il aura fallu le témoignage de Lyes et l'enquête explosive de deux journalistes pour qu'on mesure l'ampleur de ses dérapages humains et financiers.

Si les assistantes familiales sont rémunérées en moyenne 1 200 €/mois pour un enfant, comment contrôler les 2 682 établissements privés, qui facturent comme bon leur semble : en 2009, les magistrats de la Cour des comptes s'étonnaient que, dans un même département, d'un lieu à l'autre, le tarif de la journée passe de 66 € à 305 €. Des malins s'en mettent plein les poches au détriment des enfants confiés, quand ce ne sont pas des familles d'accueil maltraitantes ou des institutions livrées à la violence. "Moi, dans les foyers, j'ai vu Cindy, 14 ans, se pendre, Rémi, 5 ans, être violé par un garçon de 17 ans, dénonce Lyes. En France, il n'y a plus assez de lits d'hospitalisation en pédopsychiatrie, alors on mélange les pathologies. Ça relève de la mise en danger d'autrui. C'est pourquoi je milite contre les placements en collectivité : il faut créer des petites structures et ne plus interdire aux familles d'accueil de s'attacher aux enfants qu'on leur a confiés."

Dans notre pays, l'idée que la famille biologique est forcément "bientraitante" est un dogme difficile à bousculer. "On a du mal à l'admettre, mais il y a des parents qui n'auront jamais la capacité d'élever leur enfant, dit Francis Lacoste. Il faut arrêter ces allers-retours : ça fait plaisir aux parents, aux idéologues de la famille, mais pas aux enfants."

La famille de Corine a caché des enfants juifs pendant la guerre – "Ça doit être dans mes gènes", sourit-elle. A 52 ans, dans l'est de la France, elle élève seule ses quatre enfants, dont deux adoptés, avec cinq autres placés chez elle par l'Ase. "Six ans que je fais ce super-boulot qui parfois me désespère. Ces gosses ont besoin d'affection, et je leur en donne. Ce ne sont pas des robots ! Il faut arrêter de les balader comme des dossiers. Tous les enfants sortis de chez moi pour retourner dans leur famille ont été ensuite à nouveau placés. J'ai eu une petite entre ses 4 ans et ses 8 ans. Elle avait trouvé ses marques. Puis sa mère, qui ne travaille pas, a déménagé, et demandé qu'on déplace sa fille. Cela a été "plié" en huit jours. Au bout de trois mois, la petite a subi des abus sexuels de la part d'un autre pensionnaire de son nouveau lieu de vie. Mon petit bout de chou... J'ai la haine, parfois."
20% des enfants placés ne rentreront jamais chez eux

Pour tous ces gamins en déshérence affective, Corine préconise "une délégation de l'autorité parentale avec une option adoption" – une idée qui fait son chemin dans le milieu de la protection de l'enfance... et dans la proposition de loi discutée au Sénat qui prévoit, pour chaque enfant "dont le retour dans son milieu familial est impossible (...), le placement auprès d'un tiers digne de confiance ou l'adoption simple".

"Enfin", pensent beaucoup de professionnels de l'enfance en danger. "Enfin, presque", répond le pédopsychiatre Maurice Berger, déçu par le rapport des sénatrices, car celui-ci ne remet pas en cause la loi de 2007 mais cherche simplement à l'améliorer. "Or les professionnels de terrain constatent l'effet désastreux de cette loi qui protège surtout les parents : tant qu'ils sont d'accord pour rencontrer un éducateur, le juge des enfants ne peut pas être saisi, et il faut attendre que l'état de l'enfant soit très dégradé pour que la protection judiciaire intervienne. En France, nos lois sont avant tout compassionnelles pour les adultes. C'est grave." Un combat dont les perdants sont toujours les mêmes, quelle que soit l'idéologie. "Les politiques s'identifient beaucoup plus aux parents qu'aux enfants. Ainsi, à partir des connaissances scientifiques sur le développement affectif du bébé, en Italie, au Québec et au Royaume-Uni, l'adoption est établie après six mois de délaissement parental, alors que nos sénatrices maintiennent le délai d'un an suivi d'une période de six mois pour statuer, ce qui est beaucoup trop long."

Mais le professeur Berger ne prêche plus dans le désert – notamment dans le Pas-de-Calais, où on a décidé de travailler différemment avec ces enfants en "disparentalité extrême". "Proches de l'Angleterre, nous échangeons avec nos collègues du Kent, explique le psycho logue Philippe Liébert, responsable du service de l'adoption au conseil général. Nous ne sommes pas dans l'idéologie du lien familial à tout prix. Nous savons que, malgré toute l'aide apportée, environ 20 % des enfants placés ne pourront pas rentrer chez eux : 5 % ont des parents maltraitants, et 15 % n'ont plus aucun lien avec eux. Il faut donc les repérer plus tôt. Et offrir du placement à long terme, de la stabilité, des droits aux familles d'accueil qui devraient pouvoir prendre davantage de décisions – vaccinations, invitation à un goûter – et, quand c'est possible, favoriser l'adoption."

Aujourd'hui, dans le Pas-de-Calais, alors que 400 familles ont un agrément, seules vingt adoptions précoces – accouchement sous X – et environ vingt adoptions d'enfants grands, âgés de 7 ou 8 ans, sont réalisées chaque année. "Ces jeunes ont souffert, ils ont subi des traumatismes... adopter n'est pas toujours la solution. Seuls 220 enfants grands sont adoptés dans toute la France. Il faut aussi privilégier le parrainage, qui leur permet de tisser un lien fort avec une personne qui les tire vers le haut."
Le témoignage de Priscilla, ancienne enfant placée

Priscilla, 25 ans, est venue à notre rendez-vous avec un cahier où elle a consigné l’itinéraire de son enfance gâchée : placée dès sa naissance, elle voit parfois sa mère, dépressive, et son père, alcoolique. A 2 ans, elle rencontre Marie, assistante maternelle qui l’aime et désire l’adopter. Refus des autorités, ses parents étant toujours vivants. Elle a 4 ans lorsque sa mère la reprend. C’est un déchirement. "Elle vivait avec un autre homme, je le voyais la battre. Quand il a tué un voisin, on m’a retirée, ainsi que mes quatre frères, mais l’assistante sociale m’a trouvé une autre famille d’accueil, Marie m’aimait trop !"

Ensuite, c’est le cycle infernal : Priscilla grandit sans amour, fugue, devient une ado rebelle et anorexique, décroche de l’école, passe par plusieurs foyers… "A 18 ans, orpheline, comme je ne voulais plus vivre en collectivité, ils me lâchent." A Paris, Priscilla décroche un job de serveuse. "Pendant trois ans, je me suis prostituée. On ne m’avait jamais écoutée, j’utilisais mon corps pour m’exprimer. Pour voir, aussi, combien je valais. Et puis j’avais besoin de me faire du mal, de me prouver que, tombée très bas, j’étais forte de pouvoir remonter."

Il y a des chiffres qui dérangent : 40 % des SDF âgées de moins de 24 ans sont issues de l’Ase, tout comme 98 % des jeunes détenus de la maison d’arrêt de Toulon. Tous les professionnels s’inquiètent de la montée de la violence chez beaucoup de ces adolescents en rupture familiale, ces "incasables", atteints de graves troubles du comportement, qu’on déplace de foyers en lieux de vie jusqu’à leur majorité. Des bombes à retardement, pour le professeur Berger : "Au Québec, où la loi est centrée sur la protection du développement de l’enfant avant l’âge de 5 ans, chaque année depuis 2006, le nombre de mineurs délinquants a diminué de 7 %, alors qu’en France, la courbe suit une trajectoire inverse."

Lyes, qui travaille aujourd’hui dans le domaine de la prévention précoce chez les tout-petits, en est convaincu : "Nous sommes dans une problématique de santé publique." Et il a choisi de faire de son passé cabossé un combat. Invité par Laurence Rossignol, secrétaire d’Etat chargée de la Famille, à participer à son comité de pilotage sur la proposition de loi, il a réuni une trentaine d’ex-enfants de l’Ase aujourd’hui âgés de 18 à 62 ans. "J’ai déjà reçu 1 200 messages, il y a une attente phénoménale. Personne ne nous a jamais écoutés."

Dans le café parisien, près de la gare Saint-Lazare, Priscilla a refermé son cahier. Elle a rencontré un homme plus âgé, ils s’aiment, et elle a entrepris une formation pour devenir éducatrice. "Je milite, avec Lyes, pour que les enfants placés ne vivent plus ce qu’on a vécu. Si on avait laissé Marie m’adopter, j’aurais pu avoir des diplômes, être une autre personne…" Longtemps, Priscilla a rêvé d’une autre vie que la sienne.
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