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Elodie Kulik. Procès de Willy Bardon : les derniers mots pour emporter l'intime conviction des jurés

Posté: Walda Colette Dubuisson  Posté le: 06/12/2019 19:02:37

La treizième et dernière journée du procès Bardon était consacrée aux réquisitions des avocates générales et aux plaidoiries de la défense. Des prises de parole empruntes de gravité et d'émotion.

Le réquisitoire : "ce sont ses ravisseurs qu’on entend sur cette bande"

Ségolène Attolou sait que l’instant est grave. Sa voix est calme, ses mots pesés : "la société n’a aucun intérêt à ce qu’un innocent soit condamné. Si nous n’étions pas intimement pas convaincues toutes les deux, nous ne nous permettrions pas à soutenir l’accusation aujourd’hui".

Comme la veille lors des plaidoiries de la partie civile, les deux avocates générales se sont réparti le réquisitoire : à Mme Attolou, l’introduction sur la personnalité de l’accusé, à Mme Anne-Laure Sandretto, le retour méticuleux sur le dossier.

Willy Bardon est décrit comme "un bon père, généreux, serviable, gentil, pas méchant" ? "Personne n’a remarqué de changement de comportement" ? C’est pareil pour Grégory Wiart et pourtant, Mme Attoulou rappelle que son "implication dans le meurtre d’Elodie Kulik est acquise et personne ne le conteste".

L’avocate générale dépeint l’accusé comme un Dr Jekyll, dont "les proches ont pu exprimer le sentiment qu’ils ne le connaissaient pas aussi bien qu’ils le pensaient" : son côté Mister Hyde caractérisé "par cette vulgarité (…) Sa défense parle d’un lourd : c’est plus que ça, ce n’est pas anodin".

Elle exhorte les jurés à ne pas se tromper de procès : "en aucun cas, vous n’avez été réunis pour juger de la vie sexuelle de Willy Bardon". Mais de son "point-de-vue", Willy Bardon "n’est pas M. Tout le monde. C’est un homme autocentré, sans empathie. C’est un homme impulsif, intolérant à la frustration, ramenant l’autre au rend d’objet. C’est un homme, dont les experts psychiatres n’écartent pas la possibilité de passer à l’acte sous l’effet de groupe et sous l’emprise de l’alcool".

Le décor est posé. Place à Mme Sandretto.

Avec humilité, elle révèle d’emblée qu’il y a deux mois encore, elle ne savait pas si elle requerrait l’acquittement ou la condamnation : "nous avons eu beaucoup de discussions avec Mme Attolou".

Mais désormais, sa conviction est claire : Bardon est coupable.

Parce que selon elle, le coupable est forcément dans l’entourage de Wiart : "il faut la confiance suffisante pour passer à l’acte, il faut une relation particulière. Et si le nom de Willy Bardon émerge, c’est d’abord et avant tout parce qu’il y a énormément de témoignages".

Bardon signe aussi sa culpabilité par ses questions incessantes à ses proches entendus avant lui par les gendarmes, par son étrange appel à la cellule d’enquête : "il dit qu’il s’inquiète pour Elodie D. Non, il s’inquiète pour lui. C’est toujours moi, moi et moi !" On le rassure, "les rumeurs c’est normal. Mais malgré ça, ça ne va pas l’apaiser. Il va continuer au delà de l’audition".

Et puis, il y a la bande Codis. "Cet appel glaçant, ces 26 sec insupportables à entendre. Il est d’une qualité médiocre. La première fois, je n’ai rien compris. Ce que l’on sait sur cet appel, c’est qu’Elodie Kulik hurle. On sait aussi qu’il y a deux voix d’hommes. C’est une certitude (…) Je ne pourrai pas vous construire de scénario sur ce qu’il s’est passé. Mais je sais que ce sont bien ceux qui l’enlèvent qui vont la tuer. Ses hurlements en témoignent. Ce sont ses ravisseurs qu’on entend sur cette bande".

Cette affirmation est importante de Mme Sandretto. Tout son réquisitoire tient sur ce lien de cause à effet entre l’enlèvement et ses suites macabres : le viol et le meurtre. En effet, la veille a obtenu l’ajout d’une question subsidiaire aux jurés : l’accusé est-il coupable d’enlèvement et de séquestration suivis de mort ? Une question qui n’oblige pas à prouver qu’il a tué Elodie Kulik. Subtil.

Mais il faut donc démontrer qu’il était présent à Tertry dans la nuit du 10 au 11 janvier 2002, démontrer que sa voix est bien sur la bande Codis.

Pas plus convaincue que la défense par le travail de l’expert judiciaire Norbert Pheulpin, "un charlatan", Anne-Laure Sandretto revient longuement sur chacune de personnes qui ont été invitées à écouter l’appel aux pompiers pour éventuellement identifier les voix masculines. Pour elle, la reconnaissance vocale par les proches n’a rien d’absurde : "on me met l’intégralité des voix du parquet, des gens que je côtoye au quotidien, je pense que je suis capable de reconnaître les gens".

Mais elle sait que la défense va marteler la fragilité de cette preuve, alors elle anticipe : "dans un procès, vous avez parfois des éléments de preuves probantes. Vous pouvez avoir des témoignages. C’est le travail d’une cour d’Assises de faire le tri".

Comme son réquisitoire le laisser penser, l’avocate générale ne demande pas que Willy Bardon soit condamné pour n à sa participation au viol et au meurtre, mais enlèvement suivi de mort et requiert une peine de 30 années de réclusion criminelle avec une période de sureté aux deux tiers.

Plaidoirie de la défense : "Vous l'acquitterez, parce que cet homme est innocent"


Pas le temps de souffler, de prendre un café. A peine, l’avocate générale Anne-Laure Sandretto a-t-elle fini son réquisitoire que Stéphane Daquo, avocat de Willy Bardon, se présente devant le pupitre.

Quelle mouche l’a piqué ? Veut-il plaider tout de suite ?

En fait, Me Daquo veut répondre aux "insinuations nauséabondes de Me Herrmann".

La veille, lors de sa plaidoirie, Corinne Herrmann avait insinué que les deux jeunes femmes qui se trouvaient avec la défense devaient attendrir les jurés. "La première est ma propre fille, la deuxième est une collaboratrice de me Bailly. C’est odieux. la collaboratrice travaille sur le dossier depuis deux mois. Elle n’a pas droit d’être là parce que c’est une femme ? Ma fille est en terminale. Elle veut devenir avocate comme moi. C’était déloyale, honteux, je n’ai pas d’autre mots", précise-t-il visiblement ému.

Il se tourne vers les jurés : « Votre mission sera d’avoir une intime conviction. Vous aurez trois possibilités : répondre oui, je suis convaincu qu’il est coupable ; non, je ne suis pas convaincu. Vous aurez aussi la possibilité de dire que vous ne savez pas. Ce n’est pas une dérobade, une porte de sortie, une lâcheté. Est ce honteux de dire qu’on ne sait pas ? »

Pour Me Daquo, Willy Bardon aurait toujours fait preuve d’une étonnante franchise face aux gendarmes : "on lui demande s’il trompe sa femme, il ne cache rien. Il reconnait les bars à thème. A t il caché une seule minute qu’il aimait faire l’amour avec ses règles ?" S’adressant à son client : "Monsieur, soit vous êtes honnête, soit vous êtes le parfait des imbéciles !"

Mais pour l’avocat, Bardon est surtout la victime d’une enquête injuste, dont il rappelle "les failles, non, les gouffres". Les lettres de Katy D. qui n’ont pas été relayées à la cellule d’enquête, l’absence de son sur la vidéo de sa garde-à-vue, la caméra non rallumée à un moment important d’une audition de témoin : "je ne dis pas que c’est de l’incompétence, mais à tout le moins, c’est de la négligence".

Cette instruction "extrêmement tendue" est aussi, selon, Stéphane Daquo, à mettre au discrédit des juge qui ont refusé les demandes d’actes ou ne lui donne pas la bonne adresse lors d’une reconstitution des faits qui n’en a pas le nom : "on ne devait parler de reconstitution, mais d’interrogatoire sur les lieux du crime, pour que la juge filme les réactions de Willy Bardon…"

Mais les coups les plus de durs de Me Daquo, sont contre le "bon sens" cher à Me Seban, avocat de la partie civile. Un bon sens qu’il oppose la "rigueur scientifique". La reconnaissance vocale n’est pas une preuve suffisante. D’ailleurs les experts de la police scientifique entendus au procès n’ont-ils remis en cause la qualité sonore de la bande Codis.

Et Me Daquo d’attaquer les arguments de la partie civile, notamment l’importance du timbre de la voix de Willy Bardon : "on vous a dit le timbre de la voix, c’est le visage ! Mais on a pas oublié la qualité de la bande ? Un visage flou qu’on a vu de manière furtive. Si je regarde au fond de la salle, que je vois un visage qui tourne la tête, je vais le garder en mémoire ? Bon sens, rigueur scientifique."

Il prend pour exemple une autre affaire. Un jeune homme qui s’est pendu à un arbre. "Des gens sont passés devant et ont dit que c’était un suicide. Mais le légiste a prouvé qu’il avait été étranglé avant. Si j’étais à la place de Willy Bardon dans le box, je voudrais que cette rigueur scientifique s’applique".

Et conclut : "Vous l'acquitterez parce que cette bande est inaudible, parce que cet homme est innocent".

La deuxième plaidoirie de la défense est celle du jeune Me Marc Bailly.

Sa mission : démonter les rumeurs et imprécisions contre Willy Bardon, comme l’accusation d’agression sexuelle sur Elodie D., démentie par l’intéressée à la barre ou le témoignage à charge d’Amandine R. qui s’est finalement un peu dégonflée devant la cour.

La partie civile soutenait la veille que "c’est de la scène de crime que viendrait le fantasme des règles : les experts psychiatres l’ont contredit".

Pour Marc Bailly, une condamnation de Willy Bardon serait une erreur judiciaire comme "Jean-Marie Deveaux, Patrick Dils, Marc Machin, les accusés d’Outreau. Le seul chemin que vous pourrez emprunter avec honneur et courage est celui de l’acquittement".

Le dernier à prendre la parole est Me Gabriel Dumenil. Il s’approché des jurés : "La décision que vous serez amenés à prendre tout à l’heure, elle vous suivra toute votre vie. Vous êtes les juges d’un jour, mais vous serez les juges de toujours pour cet homme là".

Comme Me Daquo, il critique l’enquête : "dire que toutes les pistes ont été fouillées, que tout a été fait. Ce n’est pas vrai." Il ose même donner des noms.

Et finalement, il en revient comme tout le monde a cet élément central de l’accusation : la voix de son client. Une preuve unique, fragile, mais qui pourrait sceller le destin de Willy Bardon comme dans d’autres procès devenus mythiques : "Dreyfus, on avait le bordereau, Radad, du sang sur le mur, Outreau, les expertises psychiatriques. Bardon, on a la voix".

La voix de Willy Bardon justement, on l’entend une dernière fois, lorsque la présidente lui donne la parole avant que les jurés ne se retirent pour délibérer. "Je peux comprendre la douleur de M. Kulik. Mais je n’y étais. Je vous le jure M. Kulik".

G.G.
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