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Besançon : un an après, le mystère Narumi reste entier.

Posté: Walda Colette Dubuisson  Posté le: 28/11/2017 13:01:25

Même si le corps de l’étudiante japonaise n’a jamais été retrouvé, la police en est certaine : Narumi Kurosaki a été assassinée. L’unique suspect a trouvé refuge au Chili. Alors que l’enquête touche à sa fin et qu’une demande d’extradition va être transmise, cette affaire hors norme conserve ses zones d’ombre.

La large planche de bois, repeinte du même vert que les murs, se remarque à peine. Pour ceux qui l’ignoreraient, impossible d’imaginer qu’une porte, et qu’une chambre entière se cachent derrière cet anodin panneau. C’est ici, dans les couloirs étroits de la résidence universitaire Théodore-Rousseau, qu’a été commis le crime ayant conduit à la disparition de Narumi Kurosaki. Premier étage, chambre 106.

Depuis le 4 décembre 2016 au soir, personne n’a plus revu l’étudiante japonaise, ni vivante, ni morte (lire le rappel des faits). Vers 3 h du matin, des cris d’angoisse ont bien été entendus dans le bâtiment. Mais le silence les a ensuite engloutis. Ce silence qui se prolonge, se prolonge, se prolonge encore. Ce silence qui alimente l’absolue détresse des proches de Narumi, prisonniers, au Japon, de glaçantes questions sans réponse.

Retranché dans son pays natal, le suspect nie

Où, quand et comment a-t-elle été tuée ? Mystère. Où se trouve son corps, comment a-t-il été transporté ? Mystère. Qui l’a tuée ? Les enquêteurs de la police judiciaire de Besançon pensent le savoir. Leur unique suspect se nomme Nicolas Zepeda-Contreras, ex-petit ami de Narumi. Depuis le Chili, son pays natal, ce jeune homme de 26 ans nie avoir commis l’irréparable, tout en reconnaissant avoir passé une partie de la nuit avec la belle Narumi. Le cri nocturne ? Un acte sexuel consenti, selon lui...

Un an plus tard, le blocage semble total. Les investigations de la PJ ont été menées avec rapidité, avec efficacité, et le dossier à l’encontre du suspect est réputé solide. « Si on a émis un mandat d’arrêt international à son encontre et qu’on a poursuivi ainsi l’enquête, c’est qu’on estime avoir suffisamment d’éléments », rappelle la procureure de la République de Besançon, Edwige Roux-Morizot. Zepeda-Contreras, présenté comme redoutablement intelligent et organisé, semblait nourrir une passion démesurée pour Narumi. Un mobile passionnel se dessine.

L’absence de corps plombe l’enquête

Le problème majeur ? L’absence de corps. Un vide béant qui confère à cette affaire, écartelée sur trois continents, une dimension particulière. Côté investigations, retrouver la trace de Narumi aura été la priorité des priorités. Les éléments recueillis par la PJ, de téléphonie notamment, ont permis de délimiter certaines zones potentielles, malheureusement trop vastes. Des battues géantes ont été menées à plusieurs reprises sur différents sites, comme la forêt de Chaux. Toujours en vain.

Aujourd’hui, et même si la police continue d’y travailler, l’espoir de localiser le corps de l’étudiante nippone s’est nettement amenuisé. « L’enquête arrive à son terme, et on peut le retrouver, comme ne jamais le retrouver. Il n’est en tout cas pas exclu que de nouvelles recherches physiques soient menées », assure la procureure de la République de Besançon.

Extradition : du quitte ou double

En l’absence de ce fameux corps, la probabilité que le Chili accède à la future demande d’extradition apparaît restreinte. Cette demande avait failli traverser l’océan il y a de longs mois déjà, avant que le pôle d'instruction de Besançon ne fasse volte-face. « On a appris qu’on ne pouvait l’adresser qu’une seule fois, on ne veut pas gâcher notre chance », précise la procureure. Le document ne sera donc formellement envoyé qu’une fois l’ensemble des investigations bouclées. « On verra ce qu’il sera judicieux de faire avec le Chili en début d’année prochaine », annonce Edwige Roux-Morizot.

« Une demande d’extradition peut être traitée dans un délai d’environ deux mois », indique le cabinet du juge de la Cour Suprême chargé, au Chili, de gérer ce dossier sensible, dont l’évolution est suivie par les plus hautes sphères politico-judiciaires des trois pays impliqués.

Le risque d’un procès en l’absence de l’accusé

Deux scénarios opposés se profilent. Si le Chili accepte, Nicolas Zepeda-Contreras sera livré à la justice française. Enquêteurs et juges pourront l’auditionner. S’en suivrait une mise en examen, en vue d’un procès aux assises qui se tiendra à Besançon.
Si le Chili refuse, tout se compliquera. Il paraît peu probable que la France opte pour la procédure de « dénonciation des faits », qui offrirait aux autorités sud-américaines le pouvoir de traiter elles-mêmes l’affaire d’un point de vue pénal. Le parquet décidera plutôt d’abattre la carte du procès « par contumace », c’est-à-dire sans la présence physique de l’accusé.

Même si Nicolas Zepeda-Contreras, visé par un mandat d’arrêt international, ne pourra jamais plus mettre un orteil hors de son pays, cette option serait vécue comme un semi-échec. Avec cette crainte, grandissante au fil du temps : ne jamais connaître les détails du crime qui s’est noué, cette nuit-là, dans l’intimité de la chambre 106.

Willy GRAFF willy.graff@estrepublicain.fr http://www.estrepublicain.fr/
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